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jeudi 24 janvier 2013

Le colosse à la fesse percée


Lorsque je me suis présentée chez N., le garçon qui m'a ouvert ne correspondait pas du tout à la description et aux photos que j'avais vu en ligne. La politesse s'alliant à la surprise, je le suivi néanmoins dans l'appartement, bien décidée à écourter ma visite au plus strict nécessaire.
Le mec, qui ne m'avait pas dit plus de deux mots, s'est assis dans un canapé bleu et élimé, pendant que je restais les bras ballants au milieu de la pièce, ne sachant que faire face à ma déconvenue et au mutisme de mon hôte. C'est alors que se profila une immense silhouette dans le couloir sombre qui devait mener au reste de l'appartement. « Je suis désolé, je n'étais pas prêt », me dit le colosse qui s'approchait vers moi en s'aidant d'une canne. C'était N. Et le mec qui était venu m'ouvrir était un ami à lui.

N. était du genre sociable. Son appartement était le rendez-vous d'un nombre incalculable d'amis, affiliés et connaissances. Il n'était pas rare que certains viennent manger, ou dormir. La sonnette annonçant les arrivées incessantes rythmaient la vie chez N.

N. recevait beaucoup, mais ne pouvait que très peu sortir. Il avait été fracassé deux ans plus tôt dans un accident de la route. Il était mort deux fois, rattrapé de justesse à chaque fois par les blouses blanches. Un miraculé. Un exploit médical qui, après plus d'un an d'hôpital et de rééducation, arrivait à trainer désormais sa carcasse sur quelques dizaines de mètres, avec une canne.

Pour pouvoir passer une nuit ensemble, il fallut ruser pour ne pas être dérangé par les visiteurs. De rares très bons amis avaient été mis au parfum, et il avait menti longtemps à l'avance à qui pouvait entendre. Vendredi en 15, il n'était pas là. Je ne sais plus quel prétexte il avait trouvé. Nous fûmes malgré tout dérangé quelques fois par la sonnette, que N. ignora.

Il préféra tout d'abord s'occuper de moi, à coup de caresses, et de léchages divers et variés. Ses cunnilingus étaient délicieux. Mais j'insistais pour lui rendre la pareille. Je ne me souviens plus des détails, c'était il y a si longtemps, plus de dix ans. Mais je me souviens que le convaincre de se laisser faire n'avait pas été facile.

Il m'a finalement laissé découvrir son grand corps cassé. Une épaule déformée, des coutures sur le torses, un bassin déconstruit, une jambe difforme. Je ne peux pas dire que je m'étais préparée à ça, pourtant rien ne pouvait m'arrêter. Sauf lui, s'il en avait émis le souhait, mais j'espérais de toutes mes fibres qu'il n'en fit rien. Tout doucement je parcourais son corps, cajolant chaque centimètre de peau, ayant à coeur de ne rien laisser de coté, ne rien laisser dans l'ombre de la peur et de la misère.

Le plus impressionnant, et que je mis un moment à découvrir, tant il fallut de temps pour que N. s'abandonne assez, était une de ses fesses.

Un très long séjour couché lui avait valut quelques escarres, dont un énorme en plein milieu de la fesse. N. était immense, et replet . Un ours, avec des pattes formidables. Son cul était (enfin, au moins pour moitié) en proportion, large et rebondis. Mais une de ses fesses était creusée en son centre par un vortex phénoménal, un siphon aspirant toute la chair alentour, réduisant cette fesse à presque rien.

C'est avec une lenteur extrême, que je glissais vers cette blessure. J'y amenais tout doucement mes doigts, puis ma bouche. Je calais mes avancées sur ce que je sentais de N. J'étais tout contre lui, en liaison direct avec le moindre frisson, la moindre tension. Je voguais sur ses changements subtils, ces vagues de la peau et des muscles. Tous les flux et reflux de N., sa peur, sa honte, mais aussi sa détente, son bien-être, me guidaient.

J'ai déposé de petits baisers sur les bords de la blessure, puis plus loin. Je me demandais si N. appréciait. J'avais peur que la peau, peut-être très sensible à cet endroit, n'enregistre douloureusement le passage de mes lèvres. Puis de ma langue. Mais je m'accrochais au corps détendu de N., à son souffle discret mais serein. Tout semblait bien se passer pour lui. Je ne sais plus combien de temps a durer ce baiser à sa blessure. Mais, petit à petit, je sentais monter en moi un immense sentiment de gratitude, qui grandi, et déborda mes yeux. J'étais reconnaissante à N. de m'offrir ce moment de confiance absolue, d'abandon total.

J'ai longtemps eu un peu honte de cet épisode. Pas honte de N., non, mais honte d'avoir ressenti de la joie (et quelle joie ! Quel bonheur !) devant ce corps démoli, devant cette cicatrice si terrifiante. Étais-je normale ? N'étais-je pas perverse au dernier degré ? Comment expliquer qu'un corps cassé et souffrant puisse à ce point me transporter ? J'étais extrêmement mal à l'aise face à ce que j'avais vécu ce soir là. A tel point que c'est la première fois que je parle de cela. Plus de dix ans après.

Je n'ai plus honte. J'ai vécu depuis, et je sais que ce qui me comble plus que tout ce sont ces moments où l'autre me fait une confiance aveugle, où je reçois ce cadeau absolu, et où je ressens pour celui qui se livre et s'abandonne une gratitude océanique.

C'est un colosse à la fesse percée. C'est un homme qui, au coeur de la nuit, tout ensommeillé, m'attrape dans ses bras pour me dire : « tu es là ! Je croyais que tu m'avais abandonné !» et qui, au petit matin, me laisse investir son corps sans pudeur. C'est un autre homme qui me parle, se dit, s'épluche pour aller toujours plus au vif.

Mais il est assez remarquable que, souvent, les hommes supportent mal ce don, et fuient peu de temps après, attrapant le moindre prétexte pour vous faire payer le prix de ce somptueux cadeau jusqu'au moindre centime.

mardi 21 août 2012

Le petit peuple des dunes


J'ai passé trois jours et trois nuits avec G., en Vendée. Trois jours fabuleux en tous points, sans anicroche, dans l'entente et l'harmonie la plus totale. Si on excepte le départ, si on excepte le fait que je l'ai quitté, que nous nous sommes dit adieu.

S'embrasser pour les dernières fois, les larmes mouillant et salant nos lèvres, toucher nos peaux pour la dernière fois, nous dire des choses essentielles pour la suite l'un sans l'autre, se fût doux, comme on sait l'être tous les deux, mais déchirant.
Mais le plus terrible, c'était le lendemain matin, au réveil. Revenir au monde sans lui, c'était une blessure que le jour cuisait, sur laquelle ma conscience buttait alors que j'aurais voulu replonger dans le sommeil, dans ce monde où G. était surement encore là, où le manque n'existe pas.

Ce séjour en Vendée, c'était une riche idée, en même temps qu'un sacré cadeau empoisonné.

Mais si quitter G. est si pénible, et même momentanément insupportable, j'ai des souvenirs magnifiques, des souvenirs d'orgasmes gigantesques, d'orgasmes sous le ciel bleu et les ajoncs, j'ai des souvenirs de réjouissances à plusieurs, des souvenirs d'avoir réussi à trouver l'équilibre entre la tendresse et le vice.

Le temps était suspendu. Je ne savais plus si j'étais là, en Vendée avec G., depuis vingt minutes ou dix jours. Nous n'avions pas d'heure, si ce n'était celle de nos désirs. Telle une chatte en maraude j'en aurais oublié de manger. J'avais perdu l'appétit, sauf lorsque nous nous attablions pour faire un repas de ce que nous avions choisi ensemble, et là, tout à coup, je mourrais de faim et je dévorais.
Le monde était à la fois gigantesque, avec l'océan, le ciel, l'immense plage, les étendues de landes et de dunes à perte de vue, et inexistant. Nous étions dans notre bulle d'amour et de bonheur, à l'abri de la violence du monde.



Il y a, dans les dunes de la plage du petit pont, tout un petit peuple de pervers.
G. m'avais souvent parlé des rencontres qu'il y faisait, s'y faisant sucer ou suçant. J'étais toujours curieuse qu'il me raconte ses escapades à la plage, tout comme j'étais friande de ses récits de sauna aux heures gay. Tout ces hommes (car j'y ai vu surtout des hommes, même s'il y vient des couples et parfois des femmes seules) se connaissent au moins de vue (et souvent « de cul », dirons-nous) mais on en sait parfois bien plus. Il y a des contrôleurs du trésor, des musiciens, des pères de familles qui parlent de leurs enfants, des maris qui parlent de leurs femmes, etc...

La dune, c'est un peu le paradis des exhibs, qui font le bonheurs des voyeurs encore plus nombreux. Lors de notre première après-midi à la plage du petit pont, G. et moi nous sommes trouvé un petit coin un peu protégé, mais pas trop. Ca allait et venait à proximité, ca aurait bien participé, mais G. avait envie de rester seul avec moi, et les amateurs de sexe se sont contenter de mater et d'envier ce bienheureux homme. Même si j'avais imaginé faire autre chose que rester à deux dans les dunes, être regardée, et entendue, par nombre de voyeurs, et puis avoir au dessus de ma tête et dans les yeux les ajoncs et le ciel perlé de quelques nuages, le bruit de la houle, puissante ce jour là, dans les oreilles, le vent tiède se coulant sur mon corps, tout en me faisant lécher goulûment par G., suffisait amplement à mon bonheur, et même à mon extase. Il aurait fallut être difficile pour ne pas trouver ca simplement magique. Après un cuni en règle, nous avons opté pour une levrette. C'était le début de la soirée, l'assistance s'était clairsemée même si deux voyeurs nous observaient encore, planqués non loin, et sur le soleil couchant j'étais nue, à quatre pattes, les genoux calés dans le sable sur la couverture, G. en train de me besogner assez furieusement en murmurant des choses indistinctes et que je pouvais traduire selon mes besoins en choses douces ou choses crues. Hurler de plaisir dans la nature, lancer son cri sur la landes qui court à l'infini, dans cette posture animale, avec rien en face de soi que le sable et la végétation, c'est un peu retrouver le cri primal, avoir l'impression de participer à la naissance du monde, retrouver les temps immémoriaux.



Le lendemain, j'ai mieux fait connaissance avec C. et un autre type dont le prénom m'échappe.
Avec G., nous avions passé une partie de l'après-midi sur la plage, un peu en retrait mais pas encore dans les dunes, coincés entre deux mondes : celui des baigneurs naturistes, venus là en famille ou en couple, et celui des obsédés du cul, errant dans le sable à le recherche d'une opportunité. Dans cet entre deux, nous étions le couple venu profiter de la plage, tout en excitant la curiosité des voyeurs perchés sur la dune. Nous nous étions laissé allé à quelques caresses un peu coquines : j'avais consciencieusement enduit d'huile solaire le sexe de G., il m'avait plus tard tété les tétons.
Le soleil et la température baissant, la plage se vidait, laissant le champs libre au petit peuple des dunes. C'est alors que G. me proposa de demander à C. de se joindre à nous. Ils se connaissaient, s'étaient sucé de temps à autre, se retrouvant d'une année l'autre. Je savais tout cela.
Je n'hésitai pas longtemps. G. disparu un moment derrière la dune qui était en surplomb et revint vite. C'était bon, on y allait, mais il avait dit non à un autre mec qui papotait avec C. Sauf que le mec nous emboita le pas. J'apercevais en ligne de mire le chapeau de C. caracoler dans les dunes, vraisemblablement à la recherche d'un lieu propice à notre projet. Je suivais un peu péniblement en piochant dans le sable, accrochée à la main de G., l'invité surprise dans mon sillage.
Les choses commencèrent très vite. Un peu trop vite pour moi. A peine assis sur la couverture dans l'endroit choisi par C., l'invité surprise nous assura qu'il ne faisait que regarder et à peine avait-il notre accord que C. poussait déjà la tête de G. vers la queue qu'il lui tendait. G. ne se fit pas prier et se mit a sucer goulument, mais mon cœur se serra en une panique instinctive. Peut-être parce que je n'aime pas qu'on me fasse cela, qu'on pousse ma tête vers la queue à sucer. Mais c'était, certainement, un changement de perspective un peu radical et rapide pour moi. Mon G., mon mâle, traitée comme une vulgaire soumise ?! J'avais peur tout à coup de ne pas reconnaître mon G., et de le perdre donc. Je ressentais le besoin irrépressible de rétablir le contact, de me rassurer, et peut-être de le rassurer lui. Je me glissais contre lui en chien de fusil, nous étions quasiment face à face pendant qu'il pompait vigoureusement C. Je le caressais doucement un peu partout, faisant courir mes doigts sur lui. Je croisais la main de C. qui caressait ses fesses. Je l'embrassais, le léchais sur tout le torse, sur les bras, attrapant de temps à autre sa queue toute molle dans ma bouche pour la suçoter. J'ignorais s'il appréciait, mais je continuais pour moi. Plus tard, quand nous en avons parlé, il m'a dit que si je n'avais pas été là, tout contre lui, à le câliner, il m'aurait cherché, que cela l'avait rassuré de me sentir contre lui, et que je m'occupe de lui tout doucement. Rassuré de quoi me suis-je demandé ? Pas de se retrouver à sucer C., c'était devenu sinon banal du moins courant pour lui. Surement rassuré de savoir que je suivais le mouvement, que j'appréciais le moment, rassuré que je le considère toujours comme mon homme.
De temps en temps je coulais un regard pour observer la bouche de G. qui s'activait sur la bite. Il avait une technique goulue, jouant des lèvres, de la langue, avalant largement la queue pas très longue ni très grosse du mec. Il enveloppait le gland d'une langue bien souple, et de temps à autre le titillait du bout, et puis avalait le membre avec gourmandise. A quelques occasions j'ai croisé le regard de G. qui cherchait le mien, et à chaque fois cela m'a inondée de tendresse en même temps que je me sentais indiscrète de le regarder faire ainsi.
Mais tout à coup, j'ai senti deux mains sur moi, sur mes fesses. J'ai crié « non : » en me retournant. Un papi ventripotent, rouge de peau, blanc de poil, était penché sur moi, tardant à retirer ses mains. En un réflexe G. avait levé la jambe, une détente suffisait pour écraser le nez du type qui fini par reculer devant l'insistance de G. qui devenait menaçant.
L'incident ne nous perturba pas outre mesure cependant, et les opérations reprirent. A un moment, j'ai pensé que j'aurais aimé rejoindre G. et sucer avec lui. Mais C. ne me disait rien du tout. Pas dans l'absolu mais dans sa façon d'avoir brusqué les choses au départ.
Le type n'a pas été très long a donner des signes de fin. Je crois avoir entendu quelques mots que j'ai préféré oublier, et puis une autre angoisse me vint. Je n'avais pas envie que le mec éjacule dans la bouche de G. Je n'avais pas envie qu'il m'embrasse juste après sinon. Quand je vis le ventre de C. abondamment couvert de son sperme, je fut rassurée. Et puis G. a pris soin de ne pas m'embrasser tout de suite et même de se rincer la bouche avant.
Mais C. repartait. Il devait rentrer à l'heure pour la soupe, madame avait déjà bien couiner la veille de son retour tardif. Il me dit que G. était doué, et qu'il fallait aussi me remercier pour ce bon moment. Il me posa un smack sur les lèvres et fila vers ses obligations familiales.
Nous sommes rester avec le voyeur. Qui continua de ne rester que voyeur et assista à nos ébats, tenailler par l'envie de participer. J'étais un peu tourneboulé par la rapidité des choses, et j'eus plaisir à retrouver G. pour moi, à mon rythme.
Mais c'est plus tard, quand nous reparlâmes de ce qui s'était passé, que cela m'excita le plus. Libéré de l'impression de précipitation, dans une intimité retrouvée, j'éprouvais un grand plaisir à dire à G. qu'il savait drôlement bien sucer, et que j'avais pris soin d'observer sa technique. J'aimais a repenser à la bouche de G. sur la queue du mec, et cela m'excitait de lui dire que j'aurais aimé participer et sucer avec lui.

Le lendemain, nous sommes restés sages sur la plage, plus près de l'eau, sans aller dans les dunes. Nous avions un resto de prévu et donc pas trop de temps en début de soirée, et puis l'ambiance était à autre chose.
Nous avons joué avec la mer. La houle était encore trop puissante pour se baigner vraiment, alors nous jouions à nous faire peur en attendant les plus grosses vagues, en sentant nos pieds s'enfoncer dans le sable au moment du reflux. A un moment, j'ai décidé de m'asseoir dans une énorme vague pour que tout mon corps profite de l'eau. Je riais, un peu chahutée par l'océan. G. m'a imité. Et puis, tout à notre plaisir, nous avons été surpris par une vague plus puissante que les autres. Elle nous a recouverts, roulés, tirés sur le gravier, puis remportés un peu dans l'autre sens, nous laissant des égratignures sur les fesses et le dos. Je riais à perdre haleine, à moitié étouffée par l'eau.
Plus tard, allongés l'un contre l'autre, nous nous caressions doucement. Nous nous souriions, les yeux plongés dans les yeux de l'autre. Nous nous embrassions, et j'étais agitée d'une envie qui devenait irrépressible. Alors je collais ma bouche à son oreille et je disais les deux mots qui allait me libérer de cette envie : « je t'aime ». A son regard un peu perdu tout à coup, à sa façon de presser ses lèvres l'une contre l'autre puis de me serrer très fort contre lui en enfouissant sa tête contre ma poitrine, je compris qu'il aurait voulu me dire la même chose, mais que c'était impossible, qu'il ne s'y autorisait pas. Et c'est avec des périphrases chantournées qu'il me le dit le lendemain, à quelques heures de me quitter : « la chose que tu m'as dites deux fois, tu sais... Moi aussi je le pense, mais je peux pas le dire ». Et puis, sur le quai, au moment où le train partait, il a fait un cœur qui bat avec ses mains.

C'est pas comme si j'avais pas déjà vécu une histoire d'amour avec un mec en couple. C'est pas comme si je ne connaissais pas déjà cette douleur. Non, vraiment, c'est pas comme si...



mercredi 18 juillet 2012

Partir, c'est mourir un peu (1)

Je suis comme les chiens qui s'attachent aux gens, et se laissent mourir sur une tombe, pas comme un chat qui miaule de désespoir quand on le change de maison.

Je suis sur le départ, plus tout à fait ici, pas encore là-bas. Je quitte Orléans pour Paris.

Deux lieux me manqueront ici. Un café littéraire dont le patron fait presque tout le sel, et un sauna. Mais des lieux il y en a tant que le manque se comblera vite.
G., en revanche, me manquera. Il me manque déjà. J'ai les yeux qui piquent et des larmes qui coulent, jusque dans ses bras.

Je quitte un homme en couple, un homme qui, tous les jours, et depuis longtemps, fait le choix de perdre ses maîtresses les unes après les autres, plutôt que de perdre sa femme, sa maison, sa vie à l'apparence si lisse. Quelque part en moi il y a peut-être cette colère et ce mépris souverain que m'inspirent habituellement la lâcheté des hommes. Mais pour l'instant, il y a surtout la tristesse. Car G. n'est pas un homme, un parmi les autres, il est G. Et le quitter me fait mal.

Mais à tout prendre, je me demande qui quitte qui. G. m'a toujours quitté. Et quitté en vitesse la plupart du temps, pressé par l'heure qui tourne, par la trouille de se faire prendre. Aujourd'hui, c'est encore lui qui me quitte, en ne s'autorisant pas à vivre selon ses désirs. Ou ce qu'il dit être ses désirs.

Avec les hommes en couple, il y a toujours un soupçon dans l'air. S'il est si bien avec moi, pourquoi détale-t-il au sifflet vers son panier et sa gamelle quotidienne ? C'est peut-être encore et toujours l'histoire du chien et du loup. G. préfère l'attache et la marque pelée du collier, à la liberté famélique du loup. Mais ne serait-ce pas aussi mon incomplétude qui serait en cause ? Peut-être ne serais-je tout simplement pas si désirable que cela ? Peut-être ne serais-je, tout simplement, pas à la hauteur ? 

En vrai, jamais je ne serai la femme de G. Pas plus que je n'aurais voulu être celle de E., ni de A. dont j'ai parfois eu l'intuition qu'il cherchait la remplaçante de sa deuxième femme. Un clou chasse l'autre. 
Jamais je n'offrirai à G. cette doucereuse vie de couple, entre projet maison et fêtes de noël en famille. J'étouffe littéralement à chaque évocation de cet enfer. Or, pour G., n'est-ce pas l'essentiel ? Une compagne qui lui dit quoi faire, et quand, et où, pour faire reculer le monstre qu'il croit être en lui. G. circonscrit son monstre, son lui-même, grâce aux barrières du couple. Barrières que je ne lui poserai jamais, sauf à dépérir moi-même.

J'ai murmuré à l'oreille de G. : "à un moment, il faut arrêter de vivre la vie d'un autre"". Plus tard, remis de sa surprise et de son trouble, il m'a demandé comment je savais. Comment je savais qu'il vivait la vie du compagnon de sa femme, qu'il tentait désespérément de se couler dans ses désirs à elle, au mépris des siens. Comment pouvais-je savoir que vivre une double vie c'était se condamner à n'en vivre aucune, et se condamner à la solitude de l'insincérité ?

Je rêve parfois (immodeste je suis) d'être celle qui aura fait déclic, celle après qui G. décidera de vivre sa vie, et d'affronter cet autre qui lui fait si peur : lui-même.
Je connais ce vertige, cette peur du vide, et cette terreur de lâcher ce qu'on connait si bien et nous rassure, tout en nous tuant un peu tous les jours.
J'aimerais être ce déclic, cette rencontre qui change la vie (quand je vous dit que je manque de modestie). Mais combien de séparations, combien de renoncements, seront encore nécessaires à G. ? Je n'en sais rien. Et je crains parfois, quand la confiance me manque, qu'il ne bougera jamais, qu'il mourra dans la peau d'un autre, dans la peau du bon fils et du bon mari.



Je suis sur le départ, plus tout à fait ici, pas encore là-bas. Dans cet entre-deux, il me reste à apprendre à finir.
C'est d'ailleurs un peu mon message à G., qui vit la vie d'un autre, et peut-être aussi à A., qui lui vit son personnage : il faut apprendre à finir. Parce que martyr, c'est pourrir un peu (2).


(1) Edmond Hauraucourt 
(2) Jacques Prévert

jeudi 19 avril 2012

Qu'est-ce que tu cherches ?

La question revient souvent, lancinante, dérangeante, agaçante : mais finalement, qu'est-ce que tu cherches ? Contrairement à ce que l'on pense, ce qui se conçoit bien ne s'énonce pas toujours clairement. Dans ma tête et dans mes tripes, les choses paraissent simples. Je le vois, je le sens, je sais ce que je veux, c'est limpide. Mais vu de l'extérieur...



Donc, je voudrais bien, au moins encore une fois dans ma vie, vivre une belle histoire d'amour.

Ah oui, mais il y a quelques éléments bloquants. 

Et d'abord, mon fétichisme de l'homme en couple, ou en tout cas pas disponible. Quand c'est pas une femme, cas le plus simple quand même, c'est un boulot, ou des gosses envahissants. Le combo est aussi fréquent : femme + boulot + gosses. 

Pendant longtemps je n'ai pas su expliquer cette attraction forcenée, et accusais le destin et la vilenie mâle. Et en aparté mon manque de séduction, mon empotitude légendaire. Oui, je sais, ca va faire rire, mais c'est ainsi que je me vois, parfois. Je suis grosse, et donc moche, et totalement gourde. En tout cas c'est ainsi que je me sens quand je bêle d'amour ou de désir après un sale type qui regarde sa montre pour vérifier que sa fenêtre de liberté conditionnelle n'est pas fermée. Oui, ne faut-il pas être laide et conne au delà de toute mesure pour qu'un homme qui vient de passer quelques heures de sexe dans vos bras file ainsi au sifflet vers une vie qu'il prétend terne, ennuyeuse, et même accablante ? 

Mais le fait est que les rares hommes célibataires que je rencontre me foutent littéralement les boules. Et qu'ils ne me séduisent pas. C'est bien simple, mettons que j'ai rendez-vous avec un de ces spécimens en voie de disparition. Et bien je déclare que je n'ai rien à me mettre, et que d'abord je ne vais pas me mettre en frais pour ce mec qui a un prénom à coucher dehors avec un billet de logement, ou quinze ans de moins que moi, ou une gueule a avoir retouché ses photos, ou, ou, ou... Puis dans la voiture je m'agace, déclare que le lieu ou l'heure du rendez-vous est imbitable, et que de toute façon je le sens mal. J'arrête là, vous devinez la suite, le pauvre type n'a pas une chance de trouver grâce à mes yeux. Pourtant j'essaie... Mais songez à Longue Queue, célibataire lui... Et je passe sur les deux ou trois récents qui n'ont même pas eu l'honneur de mon blog.

Car, et là il faut regarder les choses en face : je n'ai pas envie de me faire mettre le grappin dessus. Derrière chaque mec célibataire se profile le plus souvent pour moi un boulet potentiel. Un qui va chercher à m'enfermer, me brider, me dépersonnaliser, me dessécher sur pied. Il va m'absorber, me digérer, me vider l'espoir et l'enthousiasme.

Je le sais, au début, c'est tout beau tout neuf. Et puis insidieusement , de présentation à belle maman (rien que d'en parler je sens la crise d’asthme pas loin) en considérations budgétaires imparables, je serai la "femme de", faisant tourner les machines pour deux, les repas pour deux, les courses pour deux, dans un F3 avec balcon filant (version parisienne) ou dans une maison de lotissement avec jardin (version provinciale). Je n'ai même pas envie de continuer la description de cet enfermement programmé, ca me met mal à l'aise. Et je connais la fin pour avoir expérimenté quelques vies de couple et deux mariages : le pétage de plombs en règle et en version 3D au bout de quelques années en apnée.

Cerise sur le gâteau, j'aime le sexe. Et rien qu'à l'idée de devoir me satisfaire d'un seul homme, j'ai envie de chausser mes bottes de sept lieux. Alors, je sais, la plupart des hommes croient que quand j'aurais trouvé le bon (ahum) je ne mouillerai que pour lui. Ca les rassure. Et ca peut s'avérer assez vrai les premiers temps. Mais sur la distance c'est des conneries. Surtout que l'heureux élu n'aurait pas une chatte et des seins et que j'aime aussi les femmes. Et surtout que quand j'apprécie un homme j'ai envie de le voir avec d'autres. Et que j'ai envie qu'il me regarde avec d'autres. Moi, l'amour, ca me rend perverse. Or, les hommes vraiment partageurs, c'est extrêmement rare ! Même parmi les libertins échevelés il est fréquent qu'en cas d'amour la dame soit conviée à plus de tenue et à une continence de bon gout. Ces messieurs s'autorisant par ailleurs certaines libertés dont ils privent leur douce, allant s'ébattre avec quelques gourgandines, mais ce sont des hommes que voulez vous !

Rahhhhhhh !!!!! 

Je crois que là, j'ai fait le tour du problème. Les bras m'en tombent, le souffle me manque. Le prochain qui me demande ce que je cherche, je lui réponds : le dahu !




samedi 14 avril 2012

Sauna avec G., partie 2 : j'ai failli dire "je t'aime"

La promesse, lors de mon billet concernant ma virée en sauna avec G., était de vous raconter la suite de cette après-midi là.

Mais voilà, j'ai revu G. plusieurs fois depuis, j'ai passé un week-end parisien quelque peu agité, et en plus j'ai une laryngite. Résultat, il y a des détails qui se sont quelque peu brouillés. Est-ce ce jour-là que G. m'a raconté  son passage au sauna aux horaires gais et qu'il m'a décrit comment il s'était fait sucer magistralement par K. ? Je ne suis plus si sûre. Enfin, je vais aller à l'essentiel, et expliquer comment, aussi étrange que cela paraisse, j'ai failli dire "je t'aime".

Après la séance précédemment décrite, nous avons, G. et moi, repris les mêmes activités un peu plus tard, après un jaccuzzi-café-clope-hammam. Comme je l'ai dit, les détails m'échappent un peu aujourd'hui, mais je me souviens du bien-être qui continuait de m'envahir peu à peu, après bien des moments de malaise, voire de panique intérieure. 

G. aime particulièrement me voir me branler pendant qu'il me caresse et me lèche. A un moment, il était agenouillé entre mes jambes, faisant des va et vient avec ses doigts dans ma chatte, pendant que je stimulais mon clitoris. Il regardait, observait autant que la chiche lumière du coin câlin le lui permettait. "J'aime quand tu te branles" murmura-t-il. Et tout en se masturbant lui-même de sa main libre, dans un râle, il poursuivit : "qu'est-ce que tu m'excites !" Je vois son visage changer au fur et à mesure que le désir et le plaisir montent, ses yeux qui cherchent à accrocher les miens, puis mon sexe, puis je ne sais plus trop quoi. Sa bouche qui s'ouvre et se ferme, ses lèvres qui tremblent. Et pourtant il ne m'abandonne pas, il continue de me caresser, de me faire du bien avec ses doigts. Moi aussi je sens que je vais jouir. Mais il me dit : "je viens, putain, je viens" et il éjacule sur mon ventre. 

Troublé par son orgasme, le mien est retardé. Alors je continue de me caresser, je descends mes doigts vers mon vagin pour y trouver ceux de G. et l'inciter a reprendre son mouvement. Je masse doucement mes petites lèvres et il s'extasie en observant à nouveau : "Ah ! Caresse ta chatte, j'adore !" et pendant qu'il s'occupe à nouveau de mon vagin je retourne vers mon clitoris. 

La queue de G. ne baisse pas l'étendard. Je la vois toujours gonflée, presque complètement tendue. Alors de ma main libre je l'attrape et le branle. Ce qui a pour effet de relancer mon désir. Sa queue, qu'est-ce que je l'aime.... La toucher, la branler, la sucer... Je peux enfin jouir, et je ne m'en prive pas. Mais cela semble relancer encore plus G. dont la queue se dresse désormais vraiment fièrement. Alors que je tente de reprendre mon souffle après mon orgasme, il a pris les choses en main et se masturbe. Il est accroupi au dessus de moi, et il s'avance. Il se redresse un peu et il est presque debout, un pied de chaque coté de moi : "tu m'excites trop ! Je vais gicler encore !". Il y croit à peine, je le vois à son air étonné. Et effectivement, il m'asperge les seins, éclabousse mes cheveux. Ce qui me fait rire. J'adore ! On s'amuse comme des chiens fous ! 



C'est dans le moment de tendresse qui suivi dans le jacuzzi que c'est venu. 

J'étais dans ses bras, scotché à lui. Il me caressait doucement le dos et les épaules, m'embrassait. On se souriait. Il me disait des choses douces. Par moment je ne l'entendais plus, étourdie, et un peu assourdie par le bruit de machinerie du jacuzzi. Je ressentais un bien-être total, rarement atteint. Je regardais ses yeux bleus immensément tendres. Et c'est là que j'ai senti du fond de mon ventre monter les mots "je t'aime". J'avais envie de lui dire combien je me sentais bien, combien j'éprouvais de tendresse et de gratitude pour lui. Et ce sont les mots "je t'aime" qui me sont venus. 

Mais je ne les ai pas prononcés, parce que je n'étais pas sûre d'être comprise. Je l'aimais là, à ce moment là. Je l'aime certainement même à d'autres moments, sans trop m'en rendre compte. Mais je ne l'aime pas pour le vouloir rien qu'à moi, je ne l'aime pas pour vouloir que nos vies changent, je ne l'aime pas pour qu'il quitte sa femme, je ne l'aime pas pour ne pas le quitter pour déménager comme c'est prévu. Je l'aime au présent. Je l'aime pour ce qu'il me donne aujourd'hui. Je l'aime sans vouloir autre chose que sentir cet amour quand il vient. Je l'aime sans projet.

Alors, pour ne pas nous emmener dans une succession de malentendus, je lui souris "je t'aime" plutôt que de le lui dire. Il me regarde, apparemment émerveillé : "tu as un sourire à tomber ! T'as les yeux qui brillent !" Oui, j'ai les yeux qui brillent du bonheur d'être là et du bonheur de l'aimer. C'est juste merveilleux.