Affichage des articles dont le libellé est L.. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est L.. Afficher tous les articles

dimanche 10 février 2013

Vous reprendrez bien un peu de psy ?

Vous l'avais-je dit ? J'ai trouvé un nouveau psy.

La première fois que j'ai mis les pied chez lui, outre que je me suis dis in petto qu'il était plus joli garçon en vrai que sur la photo du net, je l'ai senti tendu, pas à l'aise. 
Un brin de rigidité accompagnait son serrage de pince. Et si, d'un revers d'oeil dont j'ai le secret, je le voyais sourire avec amusement en me regardant ôter, avec une lenteur surement étudiée, mes gants, mon manteau, mon écharpe, mon bonnet, poser mon sac, poser mon manteau et le reste sur mon sac, et enfin m'asseoir à coté de tout ça, lui, en s'asseyant en face de moi, s'est en quelque sorte roulé en boule dans son fauteuil de scénariste. Essayez, vous allez voir, c'est possible mais pas vraiment confortable. J'ai trouvé la pose incongrue. Il croisa les mains, sans me regarder, s'enfonça encore un peu dans son fauteuil comme pour prendre son élan et, d'un bond, m'a sorti d'une voix qui m'a semblée peu sûre, et en levant finalement les yeux vers moi comme à regret : "alors, qu'est-ce qui vous amène ?"

Pauvre homme ! Il me peinait, et je me suis fixé une mission : le mettre à l'aise. Ni plus ni moins.

Je suis vite passée sur ce qui m'amenait. C'était tellement clair, n'est-ce pas, que cela ne nécessitait pas de longs développements, et que j'ai loupé le mot essentiel : incompétence.  Ce qui m'amenait, c'était qu'en bout de tout, autant au boulot que dans ma vie privée, le sentiment d'incompétence et de nullité me paralysait. Mais donc, j'ai oublié celà, je me suis contentée de citer deux thèmes : le boulot, les hommes. Sans précision.

Puis, toujours souriante, j'ai opiné avec vigueur à tout ce qu'il a dit. Je me suis montrée un brin admirative de son parcours (puisqu'il m'a indiqué son cv de psy et les ressors de sa démarche). Je l'ai invité à préciser ceci ou cela, l'encourageant à aller au bout de son idée. Cette première consultation était gratuite. Heureusement, sinon j'aurai payé 50 euros pour aider mon psy.

Enfin, c'est ainsi que je l'ai vécu, et je vous la raconte avec un peu de caricature pour vous faire rire. Car c'est risible.

A ce moment là pourtant, le risible de la situation m'a un peu échappé. J'ai juste noté que les choses semblaient quelque peu inversées, et que avec ma psy précédente les choses ne se passaient absolument pas ainsi. Mamie Nova, jamais je n'ai eu envie de l'aider.

Hier soir, en sortant du boulot, j'ai trouvé un sms de E. Il passait dans le coin et me proposait un verre. Ah ! Enfin un peu de spontanéité ! me suis-je dis. Même si, on ne se change pas si facilement, je n'étais pas recoiffée, remaquillée, rafraîchie, habillée pour l'occasion, et que je n'avais pas révisé avant l'interrogation. Ne barrez aucune mention, elles sont toutes utiles.

C'est donc devant un thé à la menthe que E. me fit remarquer que, puisque je parlais de la différence entre mes deux psy, et de leurs approches différentes, et de ma sensation d'être plus à l'aise avec lui qu'avec elle, et que je me demandais tout haut si ça n'était pas une question d'age, mon sémillant nouveau psy pouvant être le fils (et peut-être le petit fils) de Mamie Nova, E. me fit donc remarquer que le nouveau psy était un homme, Mamie Nova une dame, et que donc je projetais sur lui tout autre chose que sur elle. Biiiip ! Le buzzer dans ma tête a sonné, et pendant que je me défendais un peu (je n'avais jamais vue ma mère dans Mamie Nova, expliquais-je) des rouages ont tournés de quelques crans dans ma cervelle.

Je parlais aussi de L. (qu'est-ce que j'ai parlé vendredi soir ! Un vrai moulin à parole !). 
J'expliquais les derniers rebondissements (ah ! Oui ! Derniers ! Fini !) - rebondissements qui vous sont inconnus, enfin, les petits malins auront peut-être lu entre certaines lignes - et E. me dit que j'avais fait comme ma mère avec son dernier mec (car j'ai aussi parlé de mes parents, de ma soeur, et que sais-je encore !). Effectivement, comme ma mère avec son jules, j'avais couru au devant de L. en détresse. J'avais voulu l'aider a se sentir mieux.

Cependant, je ne découvrais pas mes tendances au sauvetage des désespérés. Et qui a tenté un jour de sauver quelqu'un qui se noie a su de quoi je parle. Mais il n'est plus de ce monde pour nous le dire : il a coulé avec la victime. Naufrage pour tout le monde.

Je repensais à mon psy et ma mission pour le faire se "sentir bien". J'acceptais de considérer que, peut-être, je projetais sur lui l'image paternelle. 

Je repensais au départ de mon père pour l'étranger lorsque j'avais 14 ans. A mon sentiment de culpabilité face au soulagement que je ressentais alors (oui, je n'étais même pas en colère de voir mon père partir pour une durée indéterminée, ni triste, juste soulagée), et ce sont surtout les mots de ma psy à l'époque qui me revenait comme un écho  : "oui, quel soulagement ! Vous n'aviez plus à vous occuper de lui !"

Quelques heures plus tard, le tableau, tout à coup éclairé sous un nouvel angle, prenait son sens : j'avais désespérément tenté d'aider mon père, ce lâche paranoïaque, ce phobique social, qui se sentait si mal partout et avec tous. 

Sans jamais y arriver. 

De quoi se sentir incompétente pour le reste de ses jours.

lundi 10 décembre 2012

Femmes puissantes


A. et L. porte le même prénom. Le prénom de mon grand-père maternel.

Quand mon grand-père est mort, il y a plus de quinze ans déjà, je n'ai ressenti aucune peine, seulement beaucoup de colère et beaucoup de mépris. Il faut dire que je l'ai toujours connu bourré. Lorsque nous étions en vacances chez mes grand-parents, il en était déjà à son troisième ou quatrième verre de rouge quatre étoiles quand ma sœur et moi nous levions. Ma mère disait de lui que c'était un gentil. Un gentil qui sortait la carabine pour tirer sur ma grand-mère.

Mais si je le méprisais tant lors de son enterrement, c'était parce que je le trouvais bien lâche de se barrer ainsi. « T'inquiète pas, lui disais-je part devers moi, on fera bien sans toi, on a toujours fait sans toi, casse toi pauvre con ». Je n'ai pas pleuré, je n'ai ressenti aucune tristesse, à tel point que je ne comprenais pas celle des autres. Je trouvais que la cérémonie et tout le bazar autour de tout ca était indécent. J'avais envie de hurler : « mais c'est une ordure qui crève ! Qu'est-ce que vous faites, là, à pleurer comme des veaux ? » Pour autant, je comprenais mal ma hargne. Mon grand-père était certes resté un inconnu pour moi, il était certes d'une violence inouïe avec ma grand-mère, mais à moi il ne m'avait jamais fait de mal.

Je suis tombée enceinte trois ou quatre semaines plus tard, d'un malencontreux oubli de capote, d'un type rencontré quinze jours auparavant.
Quand j'ai avorté, j'ai eu la sensation de tuer mon grand-père. Il mourrait une deuxième fois. Et de ses limbes, le fœtus-grand-père m'adressait les pires anathèmes. Réfugiée au fond de mon lit et de ma dépression, mes nuits sans sommeil étaient hantées par ce fantôme double. Mon grand-père ne m'a jamais autant occupé que depuis cette étrange place de fœtus mort. Je voyais sa tête au dessus d'un entortillement de linge figurant un cocon bien net, sans bras ni jambe.

Le fait est que je suis issue de deux familles dans lesquels les hommes brillent par leur absence. Deux familles de femmes. Alcoolisme, suicides, divorces, départ pour l'étranger, morts prématurées, folie les menant à l'asile, paternité déniée, ils se sont tous défilés. Deux familles de femmes laissées à leur toute puissance, à leur voracité, à leur solitude aussi.

Ma mère m'a dévorée. Dépecée.

E. fut le premier de la série « hommes en couple ». A l'époque, et jusqu'à cette nuit, je ne comprenais pas bien ce que cette histoire de relation adultère venait faire dans mon paysage. Moi qui ne croyais pas plus que cela au mariage, je voyais mal pourquoi ce genre de drame boulevardier existait encore au 21ème siècle. Pourtant, cette pantalonnade, j'en étais partie prenante.

Bien sûr, j'avais repéré quelques bénéfices secondaires. Les hommes en couple, c'est déjà engagé ailleurs, je ne risquais rien à les aimer, même à la folie : ils n'entreraient jamais vraiment dans mon intimité, ils ne me connaitraient jamais vraiment.

Mais quelque chose clochait. Quelque chose de supplémentaire se jouait au niveau du trio que je formais avec le couple, quelque chose autour du couple parental. Mais quoi ? Je cherchais ce que je re-jouais là de ma relation au couple de mes parents. Sans trouver.

Cela me semblait d'autant plus troublant que je n'avais jamais cherché à piquer papa à maman. Ma mère, d'une vigilance totale, et ayant décidé, pour des raisons inavouables, que mon père était incestueux, veillait à cela. En me culpabilisant au besoin si par malheur je semblais trop proche de mon père. Ce qui n'arriva jamais, maman, promis, juré, craché par terre, tant c'était toi que j'aimais à la folie, tant c'était ton amour que je voulais. Je savais donc que je ne re-jouais pas oedipe avec les couples de mes amants. Puisque d'oedipe il n'y avait pas eu. Cette évidence me semblait pourtant impossible, oedipe étant universel, tout le monde sait cela. Je tournais autour de ça comme un lion en cage.

Mais il est des cas où, justement, l'oedipe est empêché. J'ai découvert ça par mes lectures, en cherchant à comprendre mon sentiment récurent d'envahissement par l'autre. Parfois, l'autre occupe tellement mon psychisme que je suis envahie, dépossédée de moi, colonisée. Et donc, ce sentiment d'envahissement est courant lorsque l'oedipe a été empêché et n'a pas eu lieu, assez régulièrement à cause d'une mère fusionnelle et vorace et d'un père aux abonnés absents. Dans une sorte de jeux des chaises musicales, l'enfant est mis à une place qui n'est pas la sienne, laissée vacante par les adultes, il joue un rôle qui n'est pas le sien, il perd du même coup sa vraie place et lui-même, car il est réduit à être une personne de substitution utilisée pour les besoins de son parent.

Hier j'ai « rompu » avec L. Et ce matin, à partir de quelques évidences qui me sont venues au réveil, j'ai dévidé la pelote. Je vous fais grâce du détail des étapes, je suis passée par la double contrainte dans laquelle m'avait placé L., qui ressemblait cruellement au fonctionnement de ma mère, par le rôle spécifique de A., qui me fait immanquablement penser à mon père dans sa façon d'éviter la communication, leur prénom commun, et leur arrivée chronologique, qui les regroupaient étrangement sous la bannière de mon grand-père, A. étant en couple, L. non., mais qui avait voulu me mettre encore et toujours, m'avait fait remarquer G., à la place de seconde, de tierce personne dans son trio avec la copine de Villeàlacon, mais là, je n'avais pas sauté dans le panneau. Et par une sorte de précipitation mentale, la lumière s'est faite : avec mes hommes en couple je n'avais pas re-joué un oedipe, je l'avais joué tout court. Et il n'était à cet égard pas indifférent que j'ai toujours eu l'impression de ne pas être de la génération de E.

Jusqu'à trouver G., qui a tenu le rôle à merveille. Avec une belle régularité, et une belle constance, il m'a assuré que, non, il ne quitterait pas maman sa femme, mais avec la même régularité il m'a assuré de son amour. Un amour différent, pas le même que celui qu'il porte à maman sa femme.

En refusant clairement le trio de L., je n'ai finalement que dis haut et fort où je voulais me situer. J'ai pris ma vraie place, d'autorité. Je n'ai rien à demander, la place, ma place, ma vraie place, personne ne me la fera jamais si je la demande poliment ou si je l'attends. J'ai attendu 45 ans pour qu'on me donne ma place, qu'on me laisse l'espace pour vivre, sans qu'on me donne jamais rien. Et si on n'est pas décidé à me laisser m'installer, comme L., je vais voir ailleurs, mais plus jamais je ne me terrerai dans un tout petit bout du territoire d'une autre.

Ce matin, dans le métro, j'ai réalisé qu'une boucle était bouclée. Lorsque je suis arrivée chez ma psy il y a plus de trois ans, la première chose que je lui ai dite c'est : « je ne sais pas où est ma place, je ne suis à ma place nulle part ».

Après noël avant l'heure, voilà l'épiphanie avancée.

samedi 3 novembre 2012

Partout des signes

Le problème, dans cette marée de signes et de bruits que constitue l'univers, c'est de trouver sa route dans ce foisonnement souvent insupportable.

Ce regard, qui ne ressemble pas au précédent, veut-il dire quelque chose d'important ? Ce mot qui tout à coup raisonne étrangement à mes oreilles, faut-il le laisser passer ou bien aller voir derrière ? Et si je m'arrête à ce regard, à ce mot, combien d'autres passeront pendant ce temps, combien d'autres signes viendront s'entrechoquer pour me faire perdre pied ?

Cette sensation subite de panique, justifié par rien de concret, de tangible, est-elle significative d'une intuition qui peut me sauver, ou bien n'est-elle qu'une émotion passée, rappelé par un détail insignifiant, un bruit, une odeur ? Et cette sensation de bien-être, est-elle uniquement sécrétée par mon corps, ma capacité à la sérénité, ou bien cet être qui est à coté de moi y est-il pour quelque chose ? Et dans quelle mesure ?

Et si le lendemain de ma première nuit avec L., le printemps était de retour en plein mois d'octobre, avec des températures estivales, et un soleil à faire aimer la vie, 
Et si le lendemain de ma deuxième nuit avec L., la fin du monde était là, avec un vent qui mâchait les arbres, une pluie à fendre l'âme, un ciel aux circonvolutions cauchemardesques, et même la grêle,
Sont-ce des signes ? Ou juste un hasard météorologique et poétique ?

Et sur tout ca, la vie va trop vite. Je n'ai pas le temps de savoir, de miser clairement sur un signe ou sur un autre. Et alors ce n'est qu'après que je me dis : mais tu savais, bon sang ! Tu savais ! 

Mais même quand je sais, sans ambiguïté, cela ne m'aide pas toujours. Parce que ca déborde de partout. Parce qu'il faudrait encore pondérer le tout, il faudrait donner le juste poids aux choses, aux signes.

Je connais par coeur l'incapacité à dire "non". Je sais que plus l'autre est important moins il est facile de le dire. Je sais intimement que plus l'autre nous touche plus on se saborde. Enfin, quand on est du genre à se saborder, quand on est du genre à rechercher désespérément ce que l'on fuit.

Mais ce fond qui m'attire, ce gouffre sous mes pieds, est-ce l'accablement de perdre quelque chose d'important, est-ce le futur hypothéqué ? Mais alors, n'est-elle pas sur-joué, ma misère ? Car, l'importance que je donne à ce hoquet, ce "non" impossible qui n'est pas même le mien, n'est-elle pas sans commune mesure avec la gravité de l'évènement ?

Ou est-ce une détresse ancienne qui s'éveille pour exploser, enfin s'évacuer, comme un volcan longtemps assoupi ?

Pourquoi ce simple mot "forcer" m'apocalypse ? Ce mot qui est le mien, ma traduction de ce que m'a confié L., car ce mot, lui-même ne l'a pas prononcé, autant que je me souvienne (ou cette amnésie éventuelle serait-elle aussi un signe ?) Qui, un jour, s'est "forcé" ? Qui, un jour, à été "forcé" ?

Tout ce que je sais, de moi, de l'autre, du monde, ne m'empêche pas de regarder se dérouler les choses sans trouver le frein à main.

Sentir, penser, classer. Quel enfer !

vendredi 2 novembre 2012

Prends ça, c'est franco de port

Cette après-midi, j'ai fait la queue plus d'une heure trente au musée des arts et métiers pour aller voir une exposition sur les robots. 
Tranquillement installée à la queue le leu, de la musique dans les oreilles, un bouquin en main, tout était dans le meilleur des mondes (celui d'Huxley, surement), surtout que j'avais décidé de me faire la totale : expo et salon de thé.



Mais, en sourdine, il y avait un évènement de la veille. Et de temps en temps, la toile de fond prenait le pas sur le motif. Mes yeux perdaient le fil, mon esprit ressassait. Et j'en étais a repasser le film, à me demander : "et quand il t'as relever ta jupe, dans l’ascenseur, pour voir si tu portais une culotte, se forçait-il ? En fait, il a fallut que tu insistes sur cette histoire de culotte pour qu'il daigne aller vérifier. Alors que tu sentais une onde de désir monter entre tes jambes, électriser ton ventre, contracter ton vagin, en sentant l'étoffe de ta jupe remonter centimètre après centimètre, puis ses mains venir te tâter, était-il juste ennuyé ou carrément dégoûté ?", "et quand il s'est jeté sur le lit pour te bouffer la chatte, se forçait-il ?"

J'avais les yeux qui picotaient encore de la veille, ce qui me mettait déjà en rage, et je n'avais pas l'intention de ressembler à un panda en visite au musée. J'arrivais à ne pas pleurer, mais les images de la veille et de la soirée de l'avant veille me pilonnaient le cerveau. Et alors un millier de chevaux ont débarqués dans mon ventre, broyant mes viscères. Non, pas question de vomir là, encore moins me vider par l'autre bout. Les efforts que je faisais pour rester digne, résister à la douleur et à la nausée me sciaient en deux, pendant que je gardais la tête plongée dans mon bouquin. J'aurais aimé m'asseoir mais le seul banc à proximité était trempé.

Je fini par fermer mon livre, que je ne lisais plus, et fit mine de m’intéresser aux gueules des gens dans la queue. Je respirais par le ventre, lentement, espérant que cela calme ma débâcle. Je serrais les fesses, priant pour que mes intestins ne me lâchent pas totalement. Le moins qu'on puisse dire c'est que je ne suis pas coutumière du fait. Mais que cela s'est reproduit depuis, jusque devant mon clavier pour écrire ce billet, chaque fois qu'aujourd'hui j'ai évoqué ces moments passés avec L. en me posant cette question qui me détruisait : "Et là, s'est-il forcé ?"

Car L. ne sait pas dire non. Ni "j'y réfléchirai", encore moins "pas cette semaine, je te tiens au courant". Il a fixé un rendez-vous alors qu'il n'en avait pas envie. Et je n'ai pas eu besoin de longues explications pour comprendre ce qu'il avait ressenti, ce sentiment de piège, cette impression de contrainte, de ne pouvoir s'échapper. Sauf que là, de façon renversée, j'ai tenu le rôle du geôlier, le rôle du salaud qui mène son mouton à l'abattoir. Et ca m'est insupportable. 

L'expo sur les robots n'est pas des plus réussie, le financier avec sa boule de vanille était très correct, le thé Mariage Frères parfait.




mercredi 31 octobre 2012

Rétropective

G., après avoir lu mon dernier billet, m'a dit être passablement surpris. 

Je semblais particulièrement joyeuse, heureuse, et il avait pu s'en rendre compte de visu la veille puisqu'il avait profité d'une RTT volée pour venir me voir à Paris, tout roulait pour moi, mon histoire avec L. lui semblait tout ce qu'il y avait de plus prometteuse, et vlan, la mouche dans le lait, le billet tristoune.

G. a le don des bonnes questions, ca n'est pas la première fois que je le remarque. C'est vrai, ca, pourquoi choisir les dix minutes d'orage au milieu d'un ciel d'été ?

Ecrire, c'est mettre les choses au clair pour s'en défaire. Un peu comme on met ses affaires en ordre avant de sortir. Le dire, ca marche aussi. Il m'est souvent arrivé d'être hantée par une émotion, une sensation, et de la voir se dissoudre au fur et à mesure que j'en parlais. Mais c'est vrai pour tout le monde non ? Or, quand donc parler de cette aventure intérieure qui m'est arrivée l'autre soir quand L. m'a "abandonné lâchement" pour au moins dix minutes ? Il y a des choses que je ne dis pas, mais que j'écris. Elles sont alors bien rangées, bien ordonnées, elles sortent du chaos et deviennent inoffensives.

Mais, je dois bien reconnaître que mon billet de l'autre fois avait un autre but (au moins un autre, je suis comme les oignons, y a toujours une couche sous la couche), qui m'est apparu quand G. m'a fait remarquer que ca me ressemblait bien peu, que, au final je donnais une image bien déformée de ce que je vivais et de ce que j'étais. G. est bien placé pour savoir qu'il n'y a pas beaucoup plus enjouée, stable, et même équilibrée que moi (car connaître ses failles, c'est déjà les maîtriser).

Je sens bien que ce billet de la dernière fois, honnête et sincère au demeurant, mais un peu "hors contexte" il est vrai, était tout bien ficelé aussi pour dire à L. : "attention mon gars, si tu crois que les choses vont être faciles mon bonhomme, tu te fiches le doigt dans l'oeil". Oui, ce billet fleure bon l'avertissement dissuasif, voire la tentation de sabotage.

Va falloir surveiller ca, ma p'tite dame !


dimanche 28 octobre 2012

"Je t'abandonne lâchement'

Je sais, je vais en décevoir plus d'un. Une fois encore, je ne vais pas raconter une partie de jambes en l'air. Pourtant, j'ai de la matière, mais, allez savoir pourquoi, j'ai envie de me garder tout ca pour moi en ce moment.

L. s’apprêtait à me quitter cette après-midi, et il utilisa la formule qui sert de titre à mon article : "je vais t'abandonner lâchement". Formule qui n'est plus anodine pour moi, et que je n'utilise plus jamais, depuis que ma psy m'a expliqué plusieurs fois qu'un adulte on le quittait, on le laissait, mais on ne l'abandonnait pas. L'abandon est réservé aux enfants (aux animaux domestiques, peut-être aussi, mais ca, ma psy n'en a pas fait état). Les premières fois que cette vérité a sonnée à mes oreilles, je l'ai trouvé assez oiseuse et, pour tout dire, verbeuse. Depuis, j'ai compris. Et, comme je l'expliquai assez sentencieusement à L., abandonner un enfant, c'est le mettre en danger grave et immédiat, peut-être même en danger de mort. Un adulte est en capacité de vivre sans l'autre sans mettre en jeu ni son pronostic vital, ni sa santé mentale.

Certes. Et pourtant, L. m'avait déjà abandonné. Comme presque tous les êtres que j'ai rencontré. 

Hier soir, dans le métro, pour commencer. Il marchait à 40 cm de moi, et un malaise diffus m'envahi, puis grandit comme une ombre géante. Je sentais L. s'éloigner de moi, je le sentais loin, je me sentais seule, délaissée, dans un monde de plus en plus menaçant. Petit à petit, je ne voyais autour de moi que visages grimaçants, humains imprévisibles, mouvements brusques, et ce gouffre de 40 cm. Que je fini par franchir en glissant ma main dans la sienne, avec au ventre la terreur qu'il ne la rejette.

Plus tard, lors de la soirée où nous étions ensemble, il s'était levé pour aller se débarrasser de son assiette, et avait disparu depuis un moment vers le buffet. Sentant l'habituel sentiment d'étrangeté et de frayeur pointer son nez, je décidais d'appliquer la méthode, ma méthode, anti-abandonnite aigue. J'avais faim, javais envie d'une deuxième assiette de buffet, la seule chose à faire était donc de m'occuper de cela, plutôt que de me déconfire sur mon siège. Et le mieux était de partager mon bout de repas avec quelqu'un, aussi je repérais une amie de L. pour la rejoindre une fois mon assiette remplie. J'avais aussi le secret espoir de retrouver L. à proximité du buffet, ou en chemin.
Arrivée dans la queue pour me servir au buffet, mes affaires ne s'étaient pas arrangées. J'avais désormais envie de fuir, de prendre mes cliques et mes claques et de filer sous ma couette. Tout plutôt que de constater de visu que, effectivement L. en avait eu ras les couettes de se traîner Marionde à ses basques, ou qu'il avait trouvé distraction plus amusante, et qu'il allait bel et bien m'abandonner là, en terrain hostile, de façon violente, il allait me jeter comme une crotte, et longtemps je garderai imprimé dans ma mémoire son regard méprisant. 

Je connais tellement bien le processus que, parallèlement, la machine à remonter la pente glissante s'était mise en branle. 
Une voix bienveillante me parlait dans un coin de mon cerveau.
Rien, mais alors rien du tout, pas même un geste, un coup d'oeil, un souffle, ne pouvait accréditer l'idée que L. allait faire cela. Et même, tout me laissait présager l'inverse. En y pensant sérieusement je ne l'imaginais pas un instant se comporter de la sorte.
Nous nous étions perdu de vue depuis au moins, oh... cinq minutes. Ne pouvait-il pas aller pisser ce pauvre homme ? Ou même avoir envie de se dégourdir les jambes, ou bien papoter quelque part avec une connaissance ? 
Et surtout, en mettant les choses aux pires, et en imaginant que mes pires craintes se réalisent, non, je n'allais pas mourir en ces contrées glaciales et hostiles. Non, je n'étais pas incapable de passer la soirée peinarde ici, même sans lui, et de prendre ensuite le métro et rentrer chez moi. 
Je savais tout cela et pourtant, une peur immense me tenaillait les tripes, montait comme une lame de glace dans mes poumons me coupant le souffle.
En filigrane, je ne perdais pas de vue que l'important était de ne pas laisser cette peur avoir raison de moi, avoir raison du moment. Il me fallait la canaliser pour aller au bout sans qu'elle n’abîme rien sur son passage, et surtout pas le bon moment que je m'offrais avec L. 
Car j'en ai connu, de ces moments de panique qui se finissaient en dispute ou en fuite. Non, ca, pas question !

La seule chose qui me sauve dans ces cas là (et il se présentent régulièrement), c'est de savoir que cela va passer, et de me répéter ce que ma psy m'a dit nombre de fois : "un adulte, on ne l'abandonne pas, et vous êtes adulte". Pourtant, je fus fort dépiter lorsque j'ai réalisé que je ne me débarrasserai jamais totalement de ce sentiment de mort. Cela revient, parfois au moment où je ne m'y attends plus.

Alors, vous vous en doutez, j'ai retrouvé L. 
J'ai mangé mon assiette en compagnie de la copine, distrayant mon angoisse en bavardant avec elle. Lorsqu'elle m'a demandé par deux fois ou était passé L., j'ai répondu d'un ton dégagé que je ne savais pas, puis qu'il ne devait pas être bien loin.
Non, il n'était pas loin, et il sembla visiblement très content de me retrouver. 

Rien, ni personne, ne pourra guérir définitivement cette plaie là. Et le pire qui pourrait arriver c'est de rencontrer un sauveur qui chercherait à me préserver de ce sentiment de danger de mort, modelant ses actions en fonction de ma névrose. Car cette peur, je dois la rencontrer pour m'y colleter, la dompter, apprendre à vivre avec du mieux possible. La surmonter, comme je l'ai fait hier, mais de mieux en mieux, en me faisant de moins en moins de mal.



mercredi 24 octobre 2012

Pédagogie du détour

C'était quand même suspect. 

Cet homme, vaguement croisé deux fois en soirées il y avait déjà un brave moment, qui prenait contact comme si de rien n'était, juste au moment où il se retrouvait célibataire, et se mettait même à me causer régulièrement. 

Alors, je posais la question qui me taraudait, brutalement : "Dis, j'ai une question... tu veux me sauter ?"
Ce à quoi il répondit que non, il ne voulait pas me sauter, même si j'étais fort à son goût. Il s'intéressait à tout autre chose, à mon cerveau, mon intelligence. Je l'avais toujours intrigué, alors voilà. 

Il est probable qu'il voulait surtout ménager quelque peu ses effets (pour autant que cela était encore possible), et ne pas se prendre un râteau trop direct, là, tout de suite, sans avoir pu développer sa stratégie d'approche. Mais il m'offrit ce jour là une occasion assez rare de distraire ma peur, et de contourner quelques obstacles émotionnels. La pédagogie du détour, c'est aller au but (la notion à enseigner) en contournant les obstacles cognitifs grâce à un chemin qui semble aller ailleurs.  Je m'engouffrais donc avec ravissement dans le détour proposé, trop heureuse de jouer un peu à me faire duper. Il n'en voulait pas à mon cul ? Quelle merveilleuse nouvelle, répondais-je ! Car je ne voulais pas baiser avec lui, ni avec grand monde au demeurant, je ne rencontrais plus. Nous avons donc convenu que nous ne baiserions pas. C'était merveilleux de s'entendre ainsi si facilement sur des sujets qui fâchaient habituellement, n'était-il pas ?

Nous nous vîmes un après midi pour boire un verre dans un café. Et nous avons refait le monde pendant des heures, devant un verre plein, puis vide. Il m'offrit le verre. Je pensais ensuite que pour ménager notre jeu "nous ne sommes que potes" il eut été juste que je paye la mienne. Mais je n'ai pas vu le temps passer, et j'avais de fait oublier où nous étions, et qu'il suffisait de lever la main pour que le serveur accoure. 

Très agréablement, je pouvais rencontrer le monsieur, discuter avec lui sur le net de choses de plus en plus intimes, sans être écrasée sous le poids d'un quelconque enjeu. Planquée dans le chemin détourné, je pouvais observer le but caché, mesurer le désir que j'avais de l'atteindre, changer d'avis plusieurs fois, et surtout, très régulièrement, faire semblant de croire au détour.

Car il faut bien, à certains moments, y croire à ce détour pour qu'il fonctionne. Et j'avais grand besoin d'y croire. J'ai déjà parlé de mes fiascos avec les mecs "pas en couple". J'ai, dans ma besace, une infinité de techniques éprouvées pour faire capoter le moindre moment de plaisir avec un mec "pas en couple". Depuis le choix "malencontreux" (comme par hasard) jusqu'à l'ironie dévastatrice en passant par la posture écrasante de celle qui n'a besoin de rien, et surtout pas "d'un petit bonhomme comme toi". 

Pourtant, j'ai suffisamment exploré la planète des "hommes en couple" pour savoir qu'elle ne me réussi pas. J'en suis arrivé à ne plus rencontrer parce que je suis dans l'incapacité de rencontrer des hommes qui me conviennent. "En couple", je n'en veux plus, j'en suis dégoûtée. "Pas en couple" ca ne fonctionne jamais. Et quand je dis que ca ne fonctionne jamais, je ne parle pas d'une histoire au long court, de cette chose aussi étrange et inaccessible pour moi qu'une vraie histoire sentimentale (je sais, il parait que ca existe, dans les livres non ? Dans les films ? Enfin, en tout cas, dans la vraie vie ca fait tellement longtemps que ca ne m'est pas arrivé que je doute de l’existence de cette légende urbaine. Je ne compte bien entendu pas là dedans mes histoires parfois passionnelles avec des hommes "en couple", ca, ce ne sont justement que des détours, pas de vraies histoires affreusement engageantes). Je parle donc, déjà, d'une rencontre câline, enfin de plusieurs, attendu que les one shot, c'est parfois bien commode, mais ca n'est pas un but en soi. 

Pour le reste, je préfère ne pas y penser, puisque c'est une légende urbaine, donc, comme je le disais plus haut. Et puisque c'est bien cela qui me fait me terrer dans mes histoires à la con avec ma flopée de mec "en couple". En voilà bien qui ne m'envahiront pas, ne me happeront pas à leur seul service (il y a déjà une préposée), ne me causeront pas d'aller passer huit jours chez leur mère, ou, pire, ne me demanderont pas de m'occuper de leurs gosses pendant les vacances, ne me feront pas culpabiliser d'aller à un atelier d'écriture le samedi et me coucher à 21h00, ne me regarderont pas d'un oeil suspicieux quand je goûte pantagruelliquement, ne trouverons rien à redire si je peins MES chiottes en rose ou MA cuisine en violet, ou si je passe mon dimanche à écrire, en parlant tout haut et pouffant de rire toute seule comme une demeurée. En voilà bien qui ne me demanderont pas de comptes sur mes dépenses, mes sorties et heures de retours, mes goûts étranges, ma flemmardise. Qui ne m’entendront pas ronfler la nuit, qui ne s'occuperont pas de mon linge salle, ne verront pas mes poils repousser, mes cheveux boucher le lavabo, mes draps tachés quand mon tampon a débordé, la vaisselle que j'oublie dans l'évier, mes repas de pain/fromage parce que ca fait chier de cuisiner, etc...

Mon dieu, ca y est, j'étouffe... 

Et donc, me voilà privée de câlins pour cause d'incompatibilité totale avec les hommes. 



Autant le dire, j'ai joui assez régulièrement avec L. (appelons donc le L., même si ce n'est pas la bonne lettre, car elle est déjà prise) de ce petit jeu. J'ai profité de nombreuses occasions de lui rappeler notre contrat de départ : pas de sexe. Lui, insidieusement, ramenait régulièrement le sujet sur le tapis. Finalement, baiser ou pas, ca n'était pas l'important, n'est-ce pas ? Lors, donc, pourquoi ne pas baiser, en plus du reste ? Que nenni, que nenni. En fait, outre le détour que cela me permettait, j'éprouvais une joie un peu taquine à le prendre à son propre piège. Après tout, c'était bien lui qui avait dit qu'il ne voulait pas de moi, non ? Alors rame, mon gars !

Je lui rappelais encore notre feuille de route (pas de sexe) quand, allongés sur mon lit pour un câlin sans sexe, puisque je lui avais fait état de mon envie de câlins chastes, et qu'il s'était déclaré bon pour ce service, nos caresses devenaient visiblement assez sexuelles. Cette histoire de câlin sans sexe ne tenait bien évidemment pas la route, autrement que sur le papier, autrement que dans le monde des enfants qui jouent à "on dirait que je serais le docteur". Mais y croire, même à moitié, même pas très sérieusement, c'était pour moi le détour nécessaire pour arriver à passer un moment intime et  réussi avec un homme "pas en couple".

Mais finalement la séduction, n'est-ce pas en quelque sorte toujours une pédagogie du détour ? Et l'inverse étant vrai, la pédagogie du détour, n'est-ce pas l'art de séduire ? Car il y a, dans les deux cas, cette tentation de la manipulation acceptée. On sait où l'on veut nous mener, et d'ailleurs, c'est là qu'on veut aller aussi, mais on fait mine de croire autre chose, de croire au détour dans lequel on nous embarque. La limite de l'exercice étant la vraie manipulation, ou la démagogie, quand le détour n'est plus seulement une agréable et intelligente distraction où personne n'est vraiment dupe, mais une façon pour le séducteur d'imposer son but.

J'étais confortablement installée dans les bras de L., le tête sur son torse, face à l'échec total de notre engagement de départ (pour mémoire : pas de sexe), lorsqu'il me traita gentiment de "voyoute". Je demandais des éclaircissements. Moi ? Voyoute ? Comment ca ? Mais il ne m'expliqua pas. Alors je niais, avec malgré tout la sensation qu'une certaine mauvaise foi était à l'oeuvre. La mienne, ou la sienne ? Moi, voyoute ? Je ne voyais vraiment pas ce qui lui permettait de dire ca. Mais un doute s'était insinué en moi. Etait-ce bien lui qui m'avais mené dans le détour ? Ou avait-il finalement la sensation d'avoir été mené par le bout du nez ?